« Qu’est-ce que je regarde ? » La question, posée en passant devant une rangée de jarres en terre cuite, résume bien le moment : chez Ghisolfi, on ne s’attend pas à croiser des amphores au milieu des foudres de bois traditionnels du Barolo.
« Depuis l’an dernier, on a commencé une petite expérimentation », explique Davide. « Utiliser des amphores en plus de l’élevage classique en bois. »
Ce choix n’est pas un caprice esthétique. Il est la conséquence directe de décennies d’ajustements face à un climat qui change. « Par le passé, comme la plupart des domaines de la région, on utilisait beaucoup de petits fûts, des barriques, avec des foudres de bois qui ne dépassaient pas 20 hectolitres », raconte Davide. Mais le réchauffement a rendu la tâche plus difficile : obtenir un vin qui reste frais et capable de bien vieillir, surtout sur les terres argileuses et tanniques de Montforte. Résultat : des Barolo qui, au moment de leur mise en marché, portaient déjà des notes trop évoluées.
La réponse a été de ralentir cette évolution — en passant à des foudres de plus en plus grands. Aujourd’hui, la cave n’utilise plus que des contenants de 20 à 44 hectolitres, et a définitivement abandonné les barriques, dont le bois neuf, sur de longs élevages, alourdissait trop les vins.
L’amphore est née de cette même logique, un pas de plus. « On s’est dit qu’on pouvait essayer les amphores, parce qu’en volume, elles sont assez proches des barriques en termes d’évolution du vin », explique Davide. L’avantage : l’argile ne cède aucun goût de bois — un vrai atout pour des Barolo qui, par nature, portent déjà beaucoup de tanin et de bois. Le résultat recherché : des vins plus parfumés, plus élégants.
Pas question, pour autant, de tout miser sur l’argile. « On ne parle pas de tout l’élevage en amphore, ce n’est pas possible », précise Davide. Le procédé reste hybride : l’élevage classique en bois se poursuit comme toujours, suivi d’une finition de quelques mois en amphore — un ajustement, pas une révolution.
La suite de cette histoire — et d’autres expérimentations de la cave — à venir sur Langhe Stories.